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Des idées pour acquérir et maîtriser la zen attitude

LA DOUCHE DU SOIR

L’annonce de mon cancer a été un cadeau. Un cadeau doux amer, certes. Mais j’ai reçu une leçon terrible, que je ne veux pas oublier: chaque seconde de ma vie se devait d’être vécue. Totalement, réellement. Je me souviens de ce pique-nique nocturne partagé avec des amies, la veille de mon opération. Alors que nous sablions le champagne, assises dans l’herbe, le temps s’est arrêté : j’étais là où je voulais être, avec celles que j’aime. C’était un moment facile à vivre.  Mais parce que  tous mes sens étaient en alerte et parce que mon esprit était entièrement présent à ce je vivais -le jour qui déclinait sur les frondaisons des arbres du parc du palais, les mini-concerts programmés par le festival des forêts, la petite lueur dans les yeux de mes amies-, cet instant a gardé dans ma mémoire une saveur, un relief et intensité rares.

douche

Dès lors, j’ai lu, expérimenté exercices et méthodes pour apprendre à vivre l’instant présent.  J’ai souvent trébuché depuis, prise à nouveau dans la confusion des émotions, négligeant parfois la leçon apprise  : mon quotidien -avec son lot de plaisirs et de contraintes – reprenait ses droits. Mais j’essaye de garder le cap. Je veux ici, dans cette rubrique, partager un peu de ce voyage intérieur, ses écueils et ses doux rivages.
L’un des premiers obstacles repérés était mon habitude d’agir en pilotage automatique et de laisser mon esprit battre la campagne. Les gestes du matin sont faits au radar, les trajets quotidiens ne mobilisent pas toute mon attention… Est-ce que je crois gagner du temps à faire deux choses en même temps : agir et penser ? Est-il jamais sorti une idée créative, une pensée utile ou lumineuse  durant ces ruminations ?

Pas des masses.
Un soir, je me lance un défi : je vais prendre ma douche et je vais être consciente que je fais ma toilette, que je suis là, présente dans ma salle de bain et seulement cela. Je pensais l’exercice facile. Je me trompais. Avec application, je commence par la tête, la nuque… Des consignes enseignées par la clinique Saint-Côme à la veille de la tumorectomie, deux ans plus tôt. Mon esprit file dans le passé et le voilà happé par la tension qui précède une opération chirurgicale.
Je me recentre sur le parfum de l’huile de bain qui mêlée à l’eau se transforme en une mousse blanche et douce. Rien avoir avec la bétadine. Pour m’ancrer dans le présent, je tends l’oreille au bruit de l’eau qui emplit la baignoire. Je ferme le robinet, seul le souffle de la ventilation trouble le silence du soir.
Mon esprit se retourne sur lui-même et observe, amusé, le flot des flagellations : en finir avec les fringales sucrées, se mettre à une activité physique plus intensive, se tartiner de telle crème ici ou la… Je laisse courir et voila toutes ces injonctions à mieux faire qui glissent sur moi, avec la mousse.
L’eau déboule sur mon visage, mes épaules et avec elle, une petite joie légère, fraîche et simple. Il faut un voyage sur une île grecque ou la patience d’une cicatrisation peut-être pour goûter le privilège de cette eau courante, propre et à la bonne température et pour avoir la sagesse de s’en émerveiller.

Si l’exercice vous tente, essayez avec l’un de vos automatismes et faites-en un rituel.

N.D.T.
Lecture complémentaire : Pour découvrir la méditation, cahier d’exercices d’Elizabeth Couzon et Hélène Filipe. ESF éditeur. 7 euros.